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Encyclopédie de l'eau

Pertes, gouffres et estavelles : quand la rivière disparaît

Le karst expliqué simplement : pourquoi des cours d'eau entiers s'enfoncent sous terre, où les revoir ressortir, et ce que cela dit des sources.

Le karst, un pays sous le pays

Dans les régions calcaires, l'eau dissout lentement la roche et y creuse un réseau de fissures, galeries et rivières souterraines : c'est le karst. En surface, il se reconnaît à ses dolines (dépressions fermées), ses gouffres… et ses pertes : des points où un cours d'eau s'engouffre entièrement dans le sous-sol. Les pertes du Doubs, près de Pontarlier, en sont un exemple classique — une partie du fleuve y disparaît pour réapparaître à la source de la Loue, filiation démontrée à la fin du XIXe siècle.

Perte, ponor, estavelle

Le terme international pour la perte est ponor. L'estavelle désigne un orifice à double fonction : perte en période sèche, source en période de hautes eaux — les « entonnoirs » du lac de Bonlieu, dans le Jura, fonctionnent ainsi. À l'autre bout du réseau souterrain, l'eau ressort en résurgence, parfois à des kilomètres et plusieurs jours de la perte : les traçages colorimétriques des hydrogéologues servent précisément à établir ces connexions invisibles.

Le traçage, pour relier la perte à la source

Comment prouver qu'une eau engloutie à tel gouffre ressort à telle source, des kilomètres plus loin ? Par traçage : les hydrogéologues injectent à la perte un marqueur inoffensif — le plus connu est la fluorescéine, qui colore l'eau en vert fluorescent — puis guettent sa réapparition aux résurgences suspectes, à l'œil ou au fluorimètre. Le délai de restitution mesure la vitesse de l'eau souterraine ; sa dilution, le volume traversé. C'est ainsi qu'on a relié des réseaux entiers, et compris à quelle source une pollution de surface risquait d'aboutir — et en combien de temps.

Pourquoi cela concerne le buveur d'eau

Le karst transporte l'eau vite et la filtre mal : une pollution à la perte peut se retrouver à la résurgence en quelques heures. C'est pourquoi les sources karstiques, souvent spectaculaires et abondantes, sont aussi parmi les plus vulnérables — et pourquoi leur potabilité doit toujours être vérifiée. Où Boire ? cartographie les pertes recensées (sinkhole=ponor et estavelles) comme repères du fonctionnement de l'eau souterraine.

Sources & références

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